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Comprendre la signification du Jubilé
Le
sens de l'année jubilaire
à la lumière de Lévitique 25
Remerciements au Service Biblique
Catholique Evangile et Vie pour son autorisation de publier cet article.
Lire Lévitique 25
L'année jubilaire
Le long chapitre consacré à l'année jubilaire ne laisse pas de surprendre : on y
trouve des dispositions très concrètes sur le repos de la terre, la libération des
esclaves ou la remise des dettes. En même temps, le lecteur s'interroge : tout ceci
est-il bien réaliste ? Le repos de la terre Dans la Bible, l'année jubilaire est
d'abord une année où l'on se repose comme Dieu lui-même, selon Gn 2,1-4a, s'est
reposé au septième jour de la création. La terre est concernée : ''Ce sera un Jubilé
pour vous que la cinquantième année : vous ne sèmerez pas, vous ne moissonnerez
pas ce qui aura poussé tout seul, vous ne vendangerez pas la vigne en broussaille,
car ce sera un jubilé, ce sera pour vous une chose sainte…'' (Lv 25,11-12)
Lors des années sabbatiques (tous les 7 ans) ces prescriptions valaient déjà : ''Quand
vous serez entrés dans le pays que je vous donne, la terre observera un repos sabbatique
pour le Seigneur. Pendant six ans, tu sèmeras ton champ Pendant six ans, tu tailleras
ta vigne et tu en ramasseras la récolte. La septième année sera un sabbat, une année
le repos pour la terre, un sabbat pour le Seigneur.'' (Lv 25,2-4) Elles soulèvent
un problème très pratique. L'année jubilaire succède à une année sabbatique. Cela
veut dire que la terre n'est pas travaillée pendant deux ans d'affilée. Comment,
dans ce cas, assurer la subsistance des êtres humains et des animaux ? N'y a-t-il
pas risque de famine ? Les textes bibliques disent qu'il faut faire confiance dans
le Seigneur : ''J'ordonnerai à ma bénédiction d'aller sur vous en la sixième année,
et elle produira la récolte nécessaire pour trois ans'' (Lv 25,21)
Le lecteur moderne est dubitatif devant cette législation contraignante. Il se demande
si elle est applicable…et si elle a jamais été appliquée ! Même s'il s'agit d'une
utopie, ces textes viennent rappeler quelques convictions fondamentales : la terre
appartient à Dieu qui l'a créée, elle a été confiée aux hommes qui en sont les gestionnaires,
elle mérite le respect parce qu'elle est le cadeau du créateur (ne pas la surexploiter
!) et elle doit servir au bonheur de tous les êtres humains.
La libération des esclaves
Les cas de surendettement ne sont pas un phénomène d’aujourd’hui. La Bible en parle
déjà et propose même des solutions. Elle envisage par exemple le cas de quelqu’un
qui a tellement de dettes qu’il ne peut plus rembourser et est obligé de se vendre
comme esclave. La législation la plus ancienne, appelée ''Code de l’Alliance'',
accepte cette situation, mais codifie la durée de l’esclavage à 7 ans (Ex 21).
L'esclavage entre frères du même peuple est interdit par une législation, plus récente,
celle justement de Lv 25, dans le ''Code sacerdotal''. Celui qui est endetté peut
s’engager comme domestique. Le code limite cet engagement jusqu’à l’année du Jubilé
où la dette sera remise. La motivation principale puise dans l'expérience de la
sortie d'Égypte : '' ceux que j'ai fait sortir du pays d’Égypte sont mes serviteurs
; ils ne doivent pas être vendus comme on vend des esclaves. Tu ne domineras pas
sur lui avec brutalité ; c'est ainsi que tu auras la crainte de ton Dieu.” (Lv 25,
42-43)
Le Jubilé est donc un mécanisme qui doit raboter les trop grandes inégalités sociales.
Il est aussi un moment où le peuple se souvient des mœurs de son Dieu. La foi en
ce Dieu a des conséquences au niveau social. Le Dieu d’Israël est intervenu de toute
la force de son bras pour tirer son peuple de l’esclavage d’Égypte. Il est un Dieu
libérateur. Il ne convient donc pas que ses enfants se réduisent en esclavage les
uns les autres. L’amour de Dieu est inséparable de l’amour du frère. Même si cette
législation n’a probablement jamais été appliquée en tant que telle, elle reste
cependant comme un rappel des exigences divines. On ne peut à la fois célébrer un
Dieu qui libère et être en même temps complice de tous les esclavages qui pèsent
sur l’humanité.
La remise des dettes
L'année jubilaire est, dans la Loi, une année spéciale où l'on remet les compteurs
à zéro. Selon les indications de Lv 25, le Jubilé a lieu tous les 49 ou 50 ans et
il commence par une sonnerie de cor le jour de la fête de Yom Kippour (le Grand
Pardon). Pendant cette année, on redonne une nouvelle chance à ceux qui n'ont pas
su gérer leurs biens ou qui, victimes de maladies ou de tout autre fléau, ont du
se vendre comme esclaves. Ceux qui ont du vendre champs ou maison les récupèrent.
Ceux qui ont perdu leur liberté pour cause de dettes se retrouvent libres.
C’est une civilisation agraire qui est le cadre des descriptions minutieuses du
livre du Lévitique. Mais le plus intéressant, ce sont les considérations générales
et les justifications données par le législateur. Le principe de base est, encore
une fois, que personne n'est propriétaire de la terre. Celle-ci appartient à Dieu.
On ne peut donc faire ce que l'on veut avec cette terre donnée en gérance et surtout
pas se l'approprier au détriment des plus pauvres, privés ainsi de gagne pain. En
effaçant les dettes, l'année jubilaire permet à tout un chacun de retrouver une
possibilité de mener une vie décente. Il en va de l'honneur de Dieu ! ''Que nul
d'entre vous n'exploite son compatriote. C'est ainsi que tu auras la crainte de
ton Dieu. Car c'est moi le Seigneur, votre Dieu !'' (Lv 25,17). Ainsi donc l'amour
du prochain et la vie harmonieuse en société ont leur fondement en Dieu.
Cette législation, qui n'a probablement jamais été appliquée, reste pourtant présente
dans le texte sacré comme une utopie, une invitation à faire passer les intérêts
des hommes avant ceux de l'argent. Elle nous rappelle qu'aucune société ne peut
s'épanouir durablement si elle rejette des personnes ou des peuples qui s'enfoncent
dans la misère.
© Joseph STRICHER. Série parue dans les Dossiers de la Bible n° 77, 78, 79 et 80
(1999)
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